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Maurice Saltano
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L'HORREUR ET LA FETE


Les records d'audience réalisés à la télévision par les réality show permettent de penser que le spectacle de la douleur, de la peur, de la misère, voire de l'horreur, reste particulièrement commercial. On trouve sans doute dans cette douteuse attirance du public une sorte d'exorcisme à ses propres angoisses.

L'enfer de la fête foraine, heureusement contrebalancé par la poésie de sa partie joyeusement exubérante, nous offre un tableau inquiétant et chargé de cauchemars. Les musées anatomiques se dédouanaient sous une étiquette éducative pour offrir au spectateur un tableau assez morbide. Celui du docteur De Groningue (1875) réservé aux hommes ayant 20 ans révolus (les femmes n'étaient pas acceptées) présentait entre autres une collection de maladie de la peau, le moule en cire d'un soldat prussien tué par deux coups de feu (avec entrée et sortie des projectiles) et en vedette la peau tannée d'une esclave marocaine de 20 ans (sérail de l'empereur) fendue de l'occiput à la naissance des reins.

Le musée de Lauret présentait le corps authentique d'un homme mort de faim qui aurait été trouvé en Sicile, muré depuis 150 ans. Il annonçait également la reproduction du corps d'un lépreux (moulé sur nature) ainsi que celle d'un homme dévoré vivant par les trichines, autopsiés après sa mort.
Le musée du docteur Spitzner qui circula dans les foire enthousiasma le peintre surréaliste Paul Delvaux qui lui consacra une toile aux environ de 1930. Ce musée fut racheté il y a quelques années pour une somme fabuleuse par un grand laboratoire pharmaceutique. Véritable panorama de l'horreur des mannequins de cire représentaient des foies d'alcooliques, sexes atteints de maladies vénériennes, enfant crapaud, momie, monstre à trois jambes aux deux pénis, accouchement aux forceps, césarienne, trépanation, jeune fille disséquée, etc… Les adeptes de la scatologie pouvaient apprécier un tableau représentant toutes les selles possibles de nouveaux nés. Raymon d'ys, homme du voyage passionnée de collections foraines avait récupéré et restauré quelques pièces intéressantes issue de ce musée anatomique. Il les a depuis cédées à Jean Paul Favand.
Le musée du docteur Spitzner avait racheté les cires du musée Dupuytren dont les modelages avaient été réalisés par Jules Talrich. Son affiche annonçait entre autres la reproduction d'une jeune fille à quatre seins.

Outre les musée voyageurs, on peut constater que la plupart des musées de cire (notamment aux Etats-Unis où ils sont très nombreux) offrent pour les amateurs, une galerie réservée au cauchemar. Le plus célèbre, celui de Madame Tussaud à Londres, vous invite à descendre dans ses caves imitant les prisons les plus humides et insalubres pour visiter une « chambre des horreurs » avec ses guillotinés, écorchés vifs, empalés, dépecés et pendus.

Sur les champs de foires le « musée réaliste » présentait une rétrospective du crime, le « musée Saint-Lazare » offrait un panorama des prisons de femmes, de la prostitution et de la débauche, une autre l'histoire de bagne avec, en fin de visite, la démonstration d'une véritable guillotine de 3m30 de haut.
Le spectacle de ces musées forains était en général tellement déprimant que la sortie des spectateurs étaient prévue pas un « rigolarium » avec glace déformante afin de le remettre en état par quelques éclats de rire réconfortants.

Les bizarre fantaisies de la nature et certaines infirmités ou maladies créèrent ces « phénomènes » qui furent offerts à la malsaine curiosité du public sur les champs de foire à grand renfort de grosse caisse. On retrouve dans ce monstrueux florilège : l'homme momie, la femme crocodile, la petite fille à tête de grenouille, l'homme à la peau élastique, l'homme squelette et l'impressionnante série des nains, siamois, obèses etc
On frémit à l'idée que certaines monstruosités aient pu être provoquées sur certains enfants en contrariant leur évolution naturelle. La « galerie des monstres » avec laquelle Phineas Barnum acquit une réputation mondiale est plus rassurante lorsqu'on sait qu'en plus d'une remarquable série de phénomènes naturels il n'hésitait pas à recourir aux trucages comme cela fût le cas dans les entresorts forains (tête sans corps, corps sans tête, femme à 2 ou 3 têtes, femmes araignée, fausse femme tronc, etc …).
La fête populaire n'eut pas l'apanage de cette antinomie alliant la joie et la peur. En 1907 décédait Simon Aiguier plus connu sous le nom de « pendu » dans un cabaret montmartrois. Suspendu par un nœud coulant serré autour du cou il se balançait au plafond de cet établissement de plaisirs en présentant tous ses stigmates de la mort (muscles faciaux contractés, membres raidis, visage vert). On prétend qu'il arrêtait les battements de son cœur de telle sorte qu'aucun appareil médical ne pouvait les déceler. Il mourut d'une grippe alors qu'il avait pris sa retraite à Sollie-Pont et sa famille s'opposa à toutes les demandes d'autopsies qui furent présentées par le corps médical.

Aux USA Peters, l'homme au cou d'acier tombait de 75 pieds la tête dans un nœud coulant. Il trouva la mort en 1943, la corde s'étant rompu sous le choc.
Curieusement, bien que se produisant surtout pour distraire les malades dans les hôpitaux de Paris, Rovilain présentait un étrange numéro sous l'appellation : « l'homme le plus laid du monde ». Sa publicité annonçait les plus hideuses grimaces (grâce à une bouche qu'il pouvait élargir sur 18 centimètres) et son programme d'imitations annonçait : le fou, le sadique, le noyé, l'ivrogne, le vampire, etc …

A la fin du siècle dernier, un ancien couvent accroché au flan de Montmartre fût transformé en théâtre d'horreur sous l'enseigne « Le grand guignol ». D'excellents artistes comme Harry Baur figurèrent aux génériques de pièces où la folie, la torture, les égorgements et amputation sanguinolentes étaient les morceaux de bravoure du spectacle avec des effets spéciaux bien réglés. Vaincu par le cinéma cet établissement dut fermer ses portes.
Christian et Nicolas Fechner firent tentative pour le faire revivre dans la salle de l'européen avec un spectacle à forte consommation d'hémoglobine sur des trucages réalisé par James Hodges. Mais la tentative n'eut pas de suite.

Au cirque ce fut Mireldo qui osa présenter un numéro sous l'appellation de « chirurgie diabolique », une suite de transpercements et sectionnements de ses partenaires par épées, flèches, scies. Pour la première fois avec son célèbre « couteau dans le bras » le sang coulait au cours d'un numéro de magie ce qui heurta bien des sensibilités.
On a fait bien pire depuis dans le genre, notamment Richirdi avec la femme sectionnée à la scie circulaire avec gerbes de sang. Certains artistes s'inspirant du cinéma d'horreur ont récemment réalisés des spectacles à la limite du soutenable qui trouvèrent une audience dans les discothèques. De splendides partenaires féminines très dénudées sont écartelées, disséquées, passées au fil de l'épée par de répugnants nécrophages.

S'inspirant des contes pour enfants qui nous terrifièrent si agréablement dans notre jeune âge les illusionnistes sadiques ont au fil des années joyeusement torturé de sémillantes assistantes masochistes, ô combien érotiques, souriantes, ravies, consentantes à la satisfaction d'un public par ailleurs gavé d'horreur par l'actualité.

Maurice Saltano

 

 

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