Patrick
Les enseignants parlent
beaucoup de spectacles pédagogiques ou éducatifs.
Penses-tu que la Magie peut entrer dans ces catégories de
spectacles ?
Gérard
BAKNER
Bien sûr, je
considère la magie comme un outil pour dire quelque chose,
au même titre qu'un conteur. Mais je ne suis pas certain que
les enseignants attendent un spectacle qui ait une utilité
pédagogique. Ils m'ont souvent fait la réflexion :
"Vous, vous faites de la Magie, c'est votre domaine, mais ne
vous mêlez pas du notre qui est de faire de la pédagogie".
Par contre, il y a des thèmes de spectacle précis
qui peuvent s'inscrire dans le cadre de leur travail. Par exemple,
le spectacle de la maison de poupée avait été
fait avec des instituteurs qui travaillaient sur le thème
de la maison qui s'intégrait dans le travail de l'année.
Patrick
La pratique de la magie
pour enfants, nuit-elle à l'approche de la magie pour adultes
?
Gérard
BAKNER
Non, pas du tout. Je
conçois la magie comme des histoires, la seule différence
entre enfants et adultes c'est le thème de l'histoire. Ainsi
lorsque je fais de la magie ésotérique, pour moi c'est
exactement la même démarche. Au lieu de raconter des
histoires aux enfants, je raconte des histoires aux adultes. Il
faut simplement que les thèmes choisis soient adaptés
à la tranche d'âge du public devant lequel on joue.
Néanmoins, à force de jouer pour des enfants on arrive
à être déformé. En effet, la logique
du suspens pour les enfants est radicalement différente de
celle des adultes. Le passage d'une magie à l'autre n'est
pas toujours évident.
Patrick
Quels âges ont
les enfants avec lesquels tu travailles ?
Gérard
BAKNER
Entre 2 ans et demi
et 6 ans. Dans cette tranche d'âge c'est de la vraie magie
pour enfants. Après 6 ans c'est une autre magie, parce que
l'enfant cherche alors à trouver le truc. Il faut donc aborder
chaque tranche d'âge différemment. Personnellement
je préfère travailler pour le maternelles.
Patrick
Fais-tu
des différences au sein même des maternelles ?
Gérard
BAKNER
Oui. Un spectacle en
début d'année sera différent en fin d' année,
car les enfants auront intellectuellement évolués.
En fait tout est fonction de ce que l'enfant a déjà
vécu. L'exemple que je donne souvent est celui du verre d'eau.
Si on met de l'eau dans un verre et qu'on le retourne sans que l'eau
s'en échappe, pour l'enfant c'est magique, uniquement s'il
a déjà vécu cette situation, c'est à
dire celle du verre renversé qui a mouillé la table.
Il est donc important de situer l'enfant dans son vécu pour
lui faire de la magie.
Pour les primaires il faut changer les thèmes. Il faut parler
de robot ou de choses de ce genre. Après la primaire il faut
faire de la magie dans le genre Rudy Cobi, des trucs qui déménagent.
Patrick
On dit souvent que
le public des enfants n'est pas facile. Qu'en penses tu ?
Gérard
BAKNER
En fait, se sont les
magiciens qui ne savent pas à qui ils s'adressent. Par exemple,
si l'on fait des manipulations compliquées à des enfants
de 3 ans, ils vont vous faire comprendre que cela ne les intéresse
pas. Si vous leur faite uniquement un tour de magie, cela veut dire
que vous leur posez une question. Ainsi si vous mettez un foulard
dans votre main et qu' il disparaît, obligatoirement l'enfant
va chercher à comprendre et c'est normal.
Il ne faut donc pas leur poser de devinettes, il faut que le spectacle
se construise avec eux. S'il y a un foulard qui disparaît,
c'est parce que l'histoire réclame cette disparition. Dans
un sketch sur la cuisine le foulard devient un œuf car on a
besoin d'un œuf pour faire un gâteau. L'effet doit donc
servir l'histoire. De plus, les enfants construisent l'histoire
avec vous et il n'est plus question qu'ils vous embêtent en
cherchant à vous démystifier, parcequ'ils détruiraient
ce qu'ils sont entrain de construire avec vous.
Patrick
Quel est ton meilleur
souvenir de magicien ?
Gérard
BAKNER
J'étais dans
une école et sans le savoir j'ai fait venir un enfant qui
était bègue. Pendant tout le spectacle il a parlé
correctement et ce n'est qu'à la fin que les enseignants
m'ont parlé de son handicap. Il faut donc faire attention
au choix des enfants que l'on fait monter sur scène, pour
éviter de les tourner involontairement en ridicule.
Patrick
Tu es un des rares
magicien en France qui parle de close-up pour enfants. Peux tu nous
en dire quelques mots ?
Gérard
BAKNER
Le premier à
avoir parlé de close-up pour enfants c'est TREVOR LEWIS,
qui d'ailleurs a fait un livre sur le sujet. Il est possible de
faire du close-up pour enfants dans les goûters d'anniversaire,
d'une part parcequ'il y a peu d'enfants et d'autre part parcequ'il
y a peu de place pour du matériel encombrant. Il suffit de
faire asseoir les enfants autour de la table de la salle à
manger pour que le spectacle commence. Dans le close-up pour enfants
il y a des histoires toutes trouvées comme celle de la petite
souris qui vient chercher la dent sous l' oreiller. On peut aussi
faire du close-up pour enfants dans les restaurants. Souvent les
magiciens n'ont que des tours pour adultes, alors les parents apprécient
que vous ayez des tours pour les enfants. Il existe donc des endroits
où l'on peut faire ce genre de close-up. Le créneau
est à développer. Réfléchissez à
la question.
Patrick
Penses-tu que les générations
d'enfants changent ? Certains enseignants trouvent que la violence
est de plus en plus dans leur univers. Qu'en penses-tu ?
Gérard
BAKNER
Effectivement les générations
changent. Dire pourquoi, je ne sais pas. Ils savent faire des choses
beaucoup plus tôt qu'avant, mais il faudra bien que cela s'arrête.
Il y a des spectacle que je présentais à des enfants
de 3 à 7 ans et qui aujourd'hui n'intéresse plus que
les 6-7 ans. Quant à la violence, elle est banalisée
par la télévision et les dessins animés. On
est ainsi certain que l'enfant rentrera plus vite dans l'histoire
et restera ainsi plus longtemps devant le poste de télé.
C'est la facilité, mais le métier d'artiste c'est
justement le contraire. L'artiste doit faire passer un message et
ainsi développer l'imagination de l'enfant afin qu' il devienne
un spectateur actif et non plus passif comme devant sa télévision.
Patrick
Penses-tu que la violence
puisse changer l'approche de la magie enfantine ?
Gérard
BAKNER
Non, au contraire.
Peut être qu'il sera plus difficile de les amener à
un spectacle ; mais lorsqu'ils seront dans la salle, ils seront
toujours surpris et pourront s'identifier à ce qu'ils voient.
Nous avons un message à faire passer, sinon rien ne sert
de faire le métier d'artiste.
Patrick
Pour terminer, quels sont tes magiciens
préférés ?
Gérard
BAKNER
Ceux qui racontent
des histoires en général, que se soit pour les enfants
ou pour les adultes. Celui que je mets avant tous les autres c'est
Christian Chelman que je considère vraiment comme l'un des
plus grands magicien actuels. Je pèse mes mots en disant
cela, mais il est en train de révolutionner une certaine
forme de magie. Un autre magicien moins connu, mais que j'adore,
c'est Claude Delsol. C'est habitant de l'Hérault fait vraiment
des trucs supers. Enfin il y a Carmello qui raconte des histoires
dans ses spectacles.
Patrick
Merci Monsieur Bakner.
Interview
réalisée par Patrick
pour le Manip
Amicale d'ANGERS
PLANETMAGIE,
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